Pour la petite histoire…

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J’ai rencontré Antoine Grasset lorsque j’étais en alternance chez Spline. Le courant est tout de suite passé avec ce drôle d’énergumène, aussi à l’aise derrière un appareil photo que d’un robot industriel d’une tonne.

Tout comme Antoine, je suis passionné par les gens passionnants. Après une année compliquée, j’ai voulu complètement quitter le milieu et me reconvertir dans quelque chose de plus simple. Mais comme le hasard fait bien les choses, j’ai été rattrapé dans ma chute par des gens fantastiques de Spline, dont Antoine fait partie.

Si je suis encore là aujourd’hui, c’est grâce à des gens comme ceux que j’y ai rencontrés, qui m’ont montré que l’audiovisuel pouvait être un milieu agréable dans lequel je pouvais avoir ma place. C’est donc assez logiquement que j’ai proposé à Antoine cet entretien pour le remercier, et que le monde connaisse l’existence de ce type de personnes, aussi passionnantes et mystérieuses que salvatrices.

Cet entretien date du 9 décembre 2025.


1. Le personnage

Un sweet couvert de rennes de Noël rouge et vert ? Un mac sous le bras, accompagné de son sourire malicieux ? Vous ne rêvez pas, c’est bien Antoine. Du jonglage à Touch Designer, de quelle galaxie nous provient cet olibrius moustachu ?


”Bonsoir Antoine, pour commencer, j’aimerais savoir qui se cache derrière le pseudonyme Papayou. Est-ce un saucissonophile moustachu ?”

“Ou une tranche de bacon géante !(Référence à sa photo de profil Instagram). Je ne sais même pas vraiment qui a inventé ce nom… Avant ça, mon surnom c’était Pyjaman. J’avais un t-shirt d’EPS que j’adorais, avec plein de petits motifs rigolos. Et un jour, dans les vestiaires, le bully de tout le monde m’a vu m’habiller et m’a lancé : “Wesh, Pyjaman !” Tout le monde a éclaté de rire, et moi, je me suis dit : “Ouais, c’est vrai !”

Et petit à petit, c’est devenu un peu mon étendard. On peut porter ce qu’on veut, on peut être qui on veut. Puis, de fil en aiguille — parce que j’ai toujours eu un goût prononcé pour tout ce qui n’a aucun sens : les vidéos, les gifs… — j’ai monté un petit blog qui postait des trucs improbables avec mes potes.

Un jour, un ancien collègue de travail a fait le lien, je ne sais toujours pas pourquoi, avec le fait que j’adorais Carlos, cet auteur-compositeur lui-même complètement décalé. Et justement, « Papayou », c’est une chanson de Carlos !

Ce collègue a fini par créer des petits stickers “Papayou” à mon nom, avec le message : “Vous avez été papayoutés !” Il a construit, un peu malgré moi, une légende autour de ce mot. Et aujourd’hui, “Papayou” est devenu synonyme de quelque chose de complètement débile et insensé. Dire “ça, c’est papayou”, ça veut dire que ça n’a aucun sens. Mais je ne contrôle plus vraiment ce mot…

D’ailleurs, dans la chanson de Carlos, “papayou” désigne carrément le pénis ! Un jour, ça me posera peut-être des problèmes, mais pour l’instant, ça me fait surtout beaucoup rire !”


Tu parlais justement de cours d’EPS et de bully… Quels souvenirs gardes-tu de ta scolarité ?”

Ils sont globalement bons… J’ai toujours été bon élève, un peu le chouchou des profs. Mais il y a longtemps, j’étais quand même beaucoup moins extraverti que maintenant.

Je me suis ouvert petit à petit entre le collège et le lycée. Je n’ai pas eu tant de bully que ça. J’étais indifférent et j’ai ignoré tout ça quand ça m’est arrivé, donc je n’en ai pas souffert. Je n’ai pas vraiment eu de problèmes liés à ça dans ma scolarité, en tout cas, beaucoup moins que plein de gens que j’ai rencontrés.

Au final, je m’en sortais bien, donc autant mes parents que les profs me donnaient du mou pour faire ce que je voulais. On va dire que je suis très heureux, si je devais refaire, je referais pareil. Peut-être que j’ai été naïf pendant très longtemps. C’est le seul truc que je pourrais changer. J’ai l’impression que plein de gens ont compris plein de choses de la vie, bien avant moi, plusieurs années avant moi.(…) Donc je ne sais pas si je l’aurais fait différemment.

En tout cas, je sais que j’ai eu du bol aussi, parce que j’ai eu quelques professeurs qui étaient des gens que j’ai trouvés exceptionnels. Soit parce qu’ils m’ont donné envie d’apprendre des trucs, ou parce qu’ils avaient une passion, que je respectais.

Je suis passionné par les gens passionnés. Qu’importe ce qui les passionne. Si ton kiff c’est les trains miniatures, je veux que tu m’emmène chez toi pour voir ton train miniature.

Il y a des gens qui ont une passion, ils ont cette étincelle, que tu ne peux pas acheter ni inventer. Tu peux pas l’acheter sur Amazon. Alors, même si tu peux changer ta personnalité, tu ne peux pas changer tes passions. Et du coup, quand les gens ont une, et qu’ils la montrent, quand ils entrouvrent cette fenêtre, j’adore.

Ma scolarité m’a donné champ libre à toutes mes passions, et elle m’a fait comprendre que les gens en avaient aussi. Par contre, je ne sais pas si elle m’a appris beaucoup de choses qui me servent dans la vie en ce moment…


”Je suis passionné par les gens passionnés. Qu’importe ce qui les passionne."


"À quoi jouais-tu quand tu étais enfant ?”

J’ai été le gamin qui avait des périodes avec mille passions. J’ai eu une énorme passion pour le jonglage, qui m’a amené à postuler à l’école du Cirque de Montréal pour faire de compétitions assez avancées. Et puis après, j’ai arrêté ça, j’ai fait du tir à la carabine, et puis après, j’ai fait du tennis de table. Et après, j’ai arrêté ça, j’ai fait du yo-yo, du finger-skate, du skateboard…

En tout cas, j’ai eu mille passions étant enfant et elles restent toutes un peu avec moi aujourd’hui. Comme j’ai eu plein de passions, si ça ne marchait pas bien, ce n’était pas grave. Comme j’en ai eu beaucoup, je ne me suis jamais dit qu’il fallait que j’en fasse ma vie, ou que c’était hyper important. Il y a plein de gens qui font du cheval et il faut absolument que ça marche, ou la gymnastique, il faut absolument que ça réussisse. Moi, il n’y avait aucune pression, je pouvais switcher pour finalement y revenir plus tard.

Ça m’a donné les occasions d’explorer, d’apprendre plein de choses, et je me suis aperçu qu’apprendre, je kiffais, même apprendre de zéro. Apprendre un nouveau truc, ça pouvait constituer une passion en soi. Je voyais quelqu’un faire un truc et je me disais que c’était cool, j’allais l’apprendre. Ça a facilité plein de trucs par la suite, en ayant certaines ouvertures, vers les choses, vers les gens, et vers les pratiques.


”Qu’est-ce que t’a apporté le jonglage et le cirque ?”

Le cirque, comme j’en faisais 8 heures par jour ça m’a donné mes premiers muscles à une époque où je ne faisais que des jeux vidéos. Ça m’a donné la persévérance, parce que ça m’a appris que si tu ratais plein de fois, tu finirais par réussir. Souvent, on a peur de se foirer. On a envie de faire le truc bien la première fois. C’est pas possible de bien jongler du premier coup. Tu vas faire tomber tes balles 1000 fois avant d’avoir réussi ton truc. Donc ça brise un peu ton égo, ça te donne de l’humilité, mais aussi la conviction que si tu continues, ça va s’améliorer, tu vas réussir petit à petit.

Je n’aime pas trop les activités où tu ne peux le faire qu’une fois, où tu n’as pas l’occasion de répéter. Et ça, c’est valable. Ça s’applique même au code, qui est la dernière passion que j’ai apprise. Tu fais jusqu’à ce que ça marche, un million de fois le même truc… C’est une obsession. Je pense que les passions, ça apprend l’obsession.


”Où as-tu grandi ?”

Je suis originaire d’un petit village dans l’Ain. À mi-chemin entre Lyon et Genève, dans les petites montagnes de l’Ain et du Jura, aux portes du Bugey. Mon village s’appelle Vésia, c’est à côté d’une ville à peine plus grande, qui s’appelle Oyonnax. C’est connu pour le rugby et il y a d’autres routes qui passent par là.

Mais donc voilà, dans un petit village où il y avait 700 habitants, il y avait mon école primaire et mes copains. Et après l’école primaire, il fallait aller en ville pour le collège et le lycée. Mais donc je viens quand même dans une petite montagne où il y a régulièrement de la neige,(…)Ça annonçait du lourd. Maintenant, c’est plus trop ça…


”J’ai aussi cru comprendre que la musique avait joué un rôle très important dans ta vie ?”

Je crois que, comme pour tout le monde, la musique a un rôle important dans nos vies, c’est un peu la bande-son du film. Quand tu mets tes écouteurs en sortant de chez toi, ça va changer le film, changer ton mood et comment tu réagis face aux choses qui viennent.

Mon père a toujours fait de la musique, même s’il ne savait pas lire une partition. Il fait de la guitare et du piano et même si ces instruments ne m’attiraient pas, rien que voir quelqu’un faire de la musique, ça m’a donné envie d’en faire.

*Par hasard quand j’avais 8 ans, l’ami d’une cousine a joué du saxophone devant moi et j’ai fait “Oh !”. C’était pendant l’été et en septembre j’étais inscrit au conservatoire. J’en ai fait pendant 12 ans…

Peut-être que la musique a été ma seule passion où j’ai ressenti de la pression. Au bout de 5 ans de conservatoire, tu te dis qu’il faut continuer coûte que coûte. Et un jour, je me suis dit “J’ai fait mon chemin.”, et j’ai arrêté le saxophone. J’ai joué une dernière fois, je l’ai rangé dans sa boîte et je l’ai vendu.

Mais entre-temps j’ai appris d’autres instruments : de la batterie, de la guitare, de la trompette… Et après c’était facile, tu me montrais où était le do, et il fallait “juste” y passer quelques heures…

La musique m’a donné accès à un monde qui m’intéressait, avec des gens qui ont leur univers, et peuvent inventer n’importe quoi, se mettre en scène et ramener des gens. Tu te retrouves face à quelque chose qui va faire réagir le monde réel. J’ai longtemps cherché ma place dans ce monde, même si j’ai vite compris que je n’étais pas un virtuose de la musique, j’aimais beaucoup être dans des groupes, mais je savais que je n’en ferais pas ma vie.


”Comment est-ce que la photo est rentrée dans ta vie ?”

À ce moment j’étais à la fac de musique, et c’est à partir de là où j’ai commencé à transitionner du son vers l’image, en commençant à faire des photos de musiciens. J’étais toujours dans cet univers, mais au lieu de jouer j’y faisais des photos. Donc d’une part par la musique, mais aussi grâce à mon meilleur ami, Pierre Morel.

Pierre faisait de la photo bien avant moi, moi je faisais de cours-métrages avec ma soeur, et quand j’ai vu la photo, je me suis dit que c’était fou et qu’il fallait que j’essaie. C’est donc la collision du jonglage, de la musique et de cette rencontre qui m’y ont amené.

“Comment vous êtes-vous rencontré avec Pierre ?”

On s’est rencontrés par le jonglage, de manière improbable sur un forum dédié au jonglage “jongle.net” à l’époque du 56K… On était les deux seules personnes dans le département, et un jour il m’a envoyé un message, et on s’est rencontré. Aujourd’hui c’est encore mon meilleur ami, il habite à deux pas de chez moi. On se connaît depuis plus de 20 ans !

Passer de la musique à la photo a été assez naturel, je trouve que toutes ces disciplines se ressemblent. La musique est un signal, il peut saturer ou être trop faible, de la même manière que pour une photo, surexposée ou sous-exposée. Une expo-photo c’est une suite d’images, comme une suite de notes peut être une chanson, ça reste une histoire, plein de concepts peuvent être transposés d’un domaine à l’autre.


Dans toutes les activités que tu as faites(peut être un peu moins avec la photo), il y a quand même l’idée de performer, et de le faire pour une audience. Est-ce que tu prends un plaisir à livrer une performance ?

Il y a un petit paradoxe. Je ne suis vraiment pas fan de performer, que ce soit mon nom en haut de l’affiche, être moi le n° 1 en haut de l’affiche, alors que comme tu dis, j’ai fait plein de trucs avec la performance. Je crois que j’ai toujours préféré être dans l’ombre, d’un groupe par exemple. Et quand je faisais quelque chose en solo, c’était pour mes meilleurs amis, pas pour l’adulation d’un public.

Je pense que j’ai un petit côté autiste quelque part, et du coup créer un moment de discussion ça a été longtemps compliqué pour moi. Et ça a été plus facile de le créer avec une activités. Par exemple jongler avec quelqu’un, ou faire de la musique entre amis. Je pense que ça c’était des moments beaucoup plus sympa pour moi que de faire un concert ou un spectacle.

Et ce que je fais en film aujourd’hui, il n’y a pas vraiment de public, ou du moins il est séparé de moi. Je suis plus intéressé par les techniciens qui vont venir me voir, ou un réal qui me dit avoir adoré comment on a bossé ensemble. Tout ça m’intéresse plus que ma vidéo est virale, le film a fait du chiffre…


Est-ce que tu as eu des mentors en photo ?

Je pense qu’avec Pierre il y avait cette volonté pour chacun de faire mieux que l’autre, et de pousser l’autre à aller plus loin. Donc je pense effectivement que c’est mon mentor numéro un.

Après j’en ai eu plein, mais ils ne le savent pas forcément. Avoir suivi des gens cools sur internet, avoir vu le travail d’autres photographes m’a forcément aidé. Mais j’ai rarement eu des gens avec qui j’ai parlé plusieurs fois, avec qui j’ai créé une relation et qui m’auraient transmis des choses. J’ai beaucoup appris en bricolant tout seul, ou alors avec des discussions en one-shot, de personnes qui racontent leur expérience et moi je rentre chez moi en me disant qu’il faut retenir “ça”.


”J’ai beaucoup appris en bricolant tout seul,[…]de personnes qui racontent leur expérience[…]”


Si tu devais choisir pour le reste de ta vie un boîtier + optique, quelle serait la combinaison parfaite selon toi ?

Oh boy, ça fait longtemps que je n’ai pas eu de boîtier avec des optiques interchangeables. Pendant longtemps je n’ai juré que par le réflex avec des objectifs. Tu dois enlever des vêtements de ta valise pour y mettre des objectifs, et je crois qu’en chemin j’arrive juste à me contenter d’un smartphone. Comme on dit le meilleur appareil c’est celui qu’on a avec soi.

Je pense que je pourrais faire ma vie avec un smartphone, et si ça devient trop compliqué, je prendrais un petit appareil genre un Fuji X100, un petit truc avec un 35mm et voilà. Je pense dans tous les cas qu’un appareil discret et que tu as avec toi est beaucoup plus important que les possibilités techniques qu’un appareil X ou Y apporte.


Tu pratiques encore ?

Avec mon iPhone, de temps en temps j’arrive à sortir une photo un peu meilleure que les autres, et je fais une petite post-prod qui va bien, mais c’est à peu près tout… J’ai fait la photo parce que ça a été mon premier vrai job, j’ai gagné mes premiers euros en tant que photographe indépendant. Mais je n’ai jamais été très bon pour avoir mille clients et vendre le truc, parce que j’avais du mal à me vendre moi.

Ça m’a toujours fais plus plaisir de faire des photos dans des trucs avec des gens que je connaissais et ensuite leur envoyer. Par exemple au mariage d’un ami je vais faire mes 50 photos rigolotes, et puis 1 mois après je vais envoyer trois photos trop belles, parce que quand je les ai revues j’ai été ému.

Je pense en revanche que si la photo est ton moyen d’expression, ça peut aller beaucoup plus loin. Pour moi maintenant ce n’est plus un moyen d’expression, c’est plutôt un petit moyen de partage.


Parle-nous de l’aventure Spline, comment vous êtes-vous associé avec CG, Lucas et Romain ?

C’est un peu comme une toile d’araignée, avec au centre il y a Romain Bourzeix. Romain nous a tous rencontrés indépendamment, il a commencé à faire un projet avec Claire-Alix, il a rencontré Lucas par ailleurs et j’ai fait un 48H Film Project avec lui. Il avait déjà une boîte et l’esprit entrepreneurial, et c’est lui qui a apporté la graine en nous envoyant un message pour aller manger. “J’ai vu cette boîte en Allemagne avec un robot, et il n’y a pas ça en France. Je pense qu’il y a quelque chose à faire, qui relie le monde de la post-prod et le monde réel avec des robots. Quittez vos jobs et on fait ça !”. C’était aussi basique que ça, et on l’a tous fait. Pour nous tous, c’était le bon moment pour quitter nos jobs respectifs parce qu’on avait fait le tour.

De gauche à droite, Claire-Alix Gomez, Romain Bourzeix, Antoine Grasset et Lucas Limonne


”Tout le monde était junior, je n’avais jamais vu de robot de ma vie ! Quand on te propose de trucs, il faut dire oui des fois.


J’ai toujours du mal à créer quelque chose de zéro, c’est compliqué. Mais dès qu’il y a une petite perturbation, on peut faire grandir le cristal. Je dis souvent que je ne suis pas une très bonne locomotive, mais je suis un très bon premier wagon.


2. La technique

Aujourd’hui Antoine est “Motion Control PO & Operator” à Spline. C’est lui qui a conçu le système de contrôle des robots, qui a permis à Spline de devenir une référence dans le milieu du Motion Control en France. Antoine c’est le “papa” des robots…


Première question technique, quel est le type de robots que vous utilisez et pourquoi ?

On utilise principalement des robots industriels, ce sont les mêmes robots qui font de la peinture et de la gravure, et qui déplacent des objets, et c’est justement pour ça qu’on les utilise et aussi parce que c’est des machines qu’on peut acheter et modifier. Comme ils sont utilisés en industrie à la base, ce sont des machines très fiables.

Ça ne sert à rien de réinventer la roue quand tu peux acheter une roue. Encore faut-il construire le cadre et le guidon, mais comme dans beaucoup de choses dans la vie, quasiment tout a déjà été inventé, il ne faut pas avoir peur de prendre quelque chose qui marche et en faire quelque chose de différent, c’est toujours plus facile d’améliorer que de créer quelque chose de zéro.

De temps en temps, il y a des Einstein et des Newtons, mais je pense que 90% de notre monde c’est des remixes.


Quel est le couple développé par un moteur typique sur l’un de vos robots ? Assez pour tuer quelqu’un ?

*Largement. Il faut bien comprendre que nos robots, c’est comme des bras humains : il y a une épaule, un coude et un poignet. Les moteurs les plus costauds, c’est là aussi comme pour le bras humain, ce sera vers l’épaule, puisque l’épaule c’est ce qui supporte tout le reste. Sur le robot, au niveau de son épaule, il a deux moteurs. Chaque moteur fait 2 500 W. En comparaison, un moteur d’imprimante 3D ça fait genre 3 W ou 5 W… Et en plus il y a un réducteur, avec un rapport de réduction de 1 %, ce qui veut dire que le couple de ton moteur est multiplié cent fois ! Tout ça pour dire que le moteur de l’épaule, il doit faire bouger un bras qui fait 450 kg. Et il bouge à une vitesse de ouf. Donc oui, tu pulvérises ou écrases quelqu’un facilement par terre ou contre un mur…

“Eh bien en parlant de pulvériser, c’est quoi la vitesse maximale que tu peux obtenir ? ” Ça va dépendre de quel type de mouvement tu vas faire, mais si le bras est déplié au maximum, ça sera quelque part en 5 m/s et 10 m/s, en vitesse de pointe. Au final, ce n’est pas si rapide, ça correspond peut-être à 40km/h ou 50 km/h, ce n’est pas ouf… Mais quand tu as 500 kg qui bouge à cette vitesse à côté d’un mec, il ne faut pas faire n’importe quoi…


Qu’est-ce qu’on peut mettre au bout de ces robots ? Pas forcément que des caméras ?

C’est vrai qu’on peut mettre ce qu’on veut sur ces robots, et oui pas que des caméras, ça peut être des lumières, ou des accessoires… Mais les gros robots industriels qu’on a nous, portent 20 kg, les petits robots 10 kg. Après il existe des robots industriels qui peuvent monter à 100 kg, 200 kg, 500 kg, 1 t, ça existe, mais au prix de la précision.

La vraie question est, est-ce qu’on peut accrocher quelqu’un au bout du robot ? En vrai, si tu peux mettre un fauteuil ou une moto au bout d’un robot tu peux t’amuser de dingue ! Mais après le robot il faut le déplacer ! Notre plus gros robot fait 600 kg. Mais les gros robots qui soulèvent des tonnes pèsent aussi des tonnes ! Ce qui les rend pas facilement transportables dans un camion…

Au moment de cet entretien, Spline était en pleine pré-production de la vidéo de Squeezie “Qui aura l’objet piégé ?” pour laquelle Spline a assuré la mise en œuvre du robot ! Vous pouvez aussi découvrir juste ici l’article de PackShot Mag qui détaille justement la mise en œuvre de ce nouveau robot “Bob”. Et rien que pour les yeux, appréciez justement Antoine en train de tester l’installation avant le tournage :


Qu’en est-il des vibrations ? Je me souviens que c’était un gros sujet quand j’étais à Spline ?

J’ai envie de dire que tous les objets qui bougent dans le monde réel, ils vibrent. Parce que derrière il y a un moteur, un coulissement, une friction… Tu peux la minimiser, mais la grande question c’est à la base, est-ce que ton robot il vibre ou pas ? Nous on s’est aperçu à Spline que les gros robots, ils vibrent moins, parce qu’ils ont plus de masse. Les petits robots eux vibrent plus, de la même manière que si tu tiens ton iPhone tu vas facilement le faire vibrer, mais si tu tiens une caméra de 25 kg, tu auras plus de mal à la faire vibrer.

Donc on fait avec les machines qu’on a, il y a des moments où il faut stabiliser en post, c’est sûr, mais pour 95 % du travail qu’on fait, ce n’est pas nécessaire. Les gens ont l’impression que c’est une caméra 3D, c’est ça le souci, mais ils oublient qu’une grue ça fait aussi de la merde. Tu peux regarder n’importe quel plan grue ancien, les mouvements de grue ils oscillent quand ils s’arrêtent. Des fois c’est mieux, des fois c’est moins bien. Vu qu’on programme les mouvements en 3D ils s’attendent à ce que ce soit une caméra 3D. Il faut faire de la pédagogie pour leur dire que c’est le monde réel, il y aura toujours des soucis.


Vous avez également fait l’acquisition d’un UR-10 ?

La différence pour nous, c’est que jusqu’à maintenant on avait des robots industriels. L’UR-10, c’est un robot collaboratif, ça veut dire qu’il est fait pour fonctionner avec des êtres humains. De base, il est plus léger, plus lisse, et va moins vite. Il va aussi s’arrêter plus vite quand il va toucher quelque chose, donc tu vas moins vite casser quelque chose ou blesser quelqu’un.

Mais pour nous l’avantage numéro un, c’est qu’il est très léger. Notre plus petit robot industriel, il faut quatre personnes pour le soulever. L’UR-10, une personne un peu costaud peut le soulever tout seul. Donc, pour accéder à des lieux, pour aller dans un appartement en étage, ça change tout, c’est ça la raison numéro un


Ta plus grande création à Spline, ça a été Presto, est-ce que tu peux déjà nous expliquer le concept ? Quel(s) problème vous vouliez résoudre ?

Presto c’est notre logiciel de contrôle pour nos robots, il permet de faire la prévisualisation des mouvements en pré-production à travers Blender, ce qui est très utile pour les clients. Puis, sur le plateau, ça nous permet de lancer la trajectoire du robot facilement et surtout de l’adapter facilement le jour du tournage en fonction des besoins. Ce système nous permet de contrôler nos trajectoires de manière très précise et flexible. C’est l’outil de travail principal pour nos opérateurs robot, de la prévisualisation en passant par le tournage et la post-production, à travers l’export de trajectoire pour les VFX par exemple.

Quand tu montes une boîte avec un robot, il faut acheter un robot, ça c’est facile. Ensuite, la question c’est comment tu fais bouger ton robot ? De base, le robot vient avec un logiciel industriel, un truc fait pour les mecs qui font de la soudure. Tu peux programmer des mouvementss, mais tu ne vois pas le truc en 3D, tu es limité, tu ne peux pas gérer la mise au point. C’est très très basique.

Et donc quand on a monté la boîte, il n’y avait pas vraiment de logiciel qu’on pouvait acheter. Il y avait d’autres sociétés qui avaient leurs logiciels, comme Mark Roberts, le Bolt. Mais nous au début pendant plusieurs années on avait rien. On a essayé de faire développer des choses par des gens, mais ce n’est pas des gens qui utilisent des robots pour ce qu’on fait. Il y a un peu une déconnexion entre les programmeurs, les roboticiens et le monde du cinéma. Il fallait relier plein d’univers différents et on a galéré.

Je pense que si j’avais pas commencé à coder Presto, Spline n’aurait pas continué si loin. Maintenant il y a d’autres logiciels en vente, il y a d’autres gens qui auraient pris la main et il n’aurait pas fait des choses aussi incroyables que nous.. Pour nous le fait qu’on ait développé notre propre logiciel, ça nous a donné accès à plein de choses que d’autres gens ne pouvaient pas faire, parce qu’on pouvait inventer et coder ce qu’on voulait pour en faire un truc customisé. Ca nous a ouvert plein de portes qu’on aurait pas eu en achetant un logiciel, ce qui aujourd’hui est possible.

Je pense que c’est la chose la plus importante qu’on ait développé. Après on développe aussi Flynn, qui est notre logiciel de tracking qui nous a permis d’avoir nos plus gros projets, ces deux systèmes sont très complémentaires.

Spline Tracking System


Si tu devais recommencer le développement de Presto de zéro aujourd’hui, qu’est-ce que tu ferais différemment ?

Il y a plein de choses que je refais au fur et à mesure, en vrai… J’ai commencé Presto pendant le Covid. Avant ça je n’avais jamais codé. Avant ça mon expérience du code c’était bricoler une page web.

Si je n’avais pas galéré à faire des choses de manière non conventionnelles au début, je n’aurais pas après tout ce que je sais maintenant. C’est en créant le truc que j’ai appris à faire. Maintenant, c’est rigolo, parce que je retombe sur des morceaux de code que j’ai écrits il y a 5 ans quand je savais rien faire. Et je regarde le code et je suis là, genre “Oh, mama-mia !”. Je referais ça maintenant différemment, de manière plus optimisé, de manière plus claire, un peu plus documentée, mais au final, le code que j’avais écrit, il marche depuis 5 ans.

J’ai l’impression qu’il y a souvent une recherche de la perfection dans le monde qui n’est pas nécessaire, parce que, si un truc marche, Même si c’est stupide. Est-ce qu’il faut vraiment le changer ?

Au fond de nous, on a quelque chose qui nous dirige vers le bon, vers le correct, qui nous dit, « Il faut tout refaire de zéro, il faut reconstruire sur de bonnes fondations ! » Mais, quelque part, si ça marche pour la durée nécessaire et que, potentiellement, c’est fait correctement pour que tu puisses le modifier après, on s’en fout. !

Régulièrement, je vais corriger de l’ancien code, mais régulièrement aussi, je vais regarder l’ancien code et me dire, en fait, ça marche très bien. Je verrai l’an prochain s’il a besoin de faire un peu plus. C’est vraiment au gré des besoins que, potentiellement, tu vas venir changer des trucs.

Vu que je ne suis pas en train de coder un truc pour une navette spatiale, j’ai le droit de bricoler. Je crois que le chemin était tellement important que, comment on disait tout à l’heure, tu ne peux pas faire directement le bon truc. Tu as besoin de faire de la merde pour ensuite faire le bon truc. Il y a toujours des trucs à refaire, la question c’est “Est-ce que ça marche ?”.

Est-ce que tu te trouves bordélique ?

Oui, quand même, je suis assez bordélique. Si tu regardes le bureau de mon ordinateur ou mon bureau physique, c’est vite le bordel. Mais maintenant, j’ai appris à documenter des choses. Quand je fais un truc, je documente. Je sais maintenant transmettre ce que j’ai fait à quelqu’un d’autre et ça résout la plupart des problèmes que j’avais. Et quand il faut, je sais mettre de l’ordre.

C’est un peu comme les artistes, j’ai l’impression qu’il faut un peu des post-it de partout. Il faut commencer à écrire dix chansons pour en produire une. Il faut mettre à la poubelle trois scripts avant de faire ton film. Enfin, trois scripts, plutôt 30 ! Je suis bordélique, mais je n’ai pas peur de mettre à la poubelle.

Ton bureau illustre tellement bien qui tu es, et qu’est-ce que tu fais en ce moment. Je trouve que c’est une capture mentale de qu’est-ce qui t’intéresse. Des moteurs, des dessins, des câbles…

Ouais ! Mais le truc difficile pour moi, c’est le focus. C’est dur de se concentrer sur un truc de manière continue. C’est pour ça que le Covid a été génial pour moi. Parce que j’étais en prison en gros, avec une seule idée et tout le temps nécessaire pour la construire. On devrait envoyer tous les développeurs en prison !


Est-ce qu’il y a eu des moments stressant en tournage autour des robots ? Il y a déjà eu des situations dangereuses ?

Oui, j’ai eu plein de bugs. J’ai eu des fois où j’étais en tournage et je m’aperçois qu’il y a un bouton qui marche plus ! C’est le moment d’envoyer une trajectoire et là, il y a un truc qui marche plus. Mais la beauté du truc, c’est que c’est moi qui développe. Donc, normalement, en quelques minutes, je vais mettre la virgule là où j’ai oublié ma virgule et c’est reparti. T’auras beau faire tous les tests de ta vie, le monde réel, c’est la merde, et le seul moyen de trouver un bug, c’est de tester.

Parfois, il y a des gens qui se font mal parce qu’ils se font relever sous le robot. Mais ce n’est pas de la faute du robot ! Un truc qu’il ne faut jamais oublier, c’est que ce qu’on fait, c’est super dangereux. Comme un pilote de course, ou un cascadeur, c’est rigolo. C’est des trucs de dingue, c’est marrant de le raconter. Mais quand tu fais le truc. Il faut te dire, ma voiture, elle peut aller dans le public. Nous, le robot, il est proche des gens. Moi je sais que c’est un truc important.

Quand j’étais jeune, je faisais du jonglage enflammé. C’est rigolo, ça exalte, tu as de l’adrénaline. Mais si tu fais ça bourré, tu es vraiment trop con, parce que tu mets en péril ta vie et la vie d’autrui. Eh bien avec nos robots, c’est pareil, on est hyper prudents.

Aujourd’hui, est-ce que tu penses que Spline pourrait se passer de toi ?

Là, si je disparaissais, je pense que Spline pourrait continuer à faire des tournages et continuer comme de rien, sans problème. Mais je pense que le moment d’innover, d’implémenter de nouvelles choses, je ne sais pas ce qui se passerait. Ce que j’ai fait est tellement personnel, même si j’ai beaucoup transmis et que j’ai documenté pas mal de choses. Donc si je disparaissais, peut-être que à moyen terme, il faudrait qu’ils passent sur un autre logiciel. Et là, ils pourraient reprendre avec un nouveau développeur.

Je ne sais pas si un nouveau développeur pourrait reprendre mon code… Ou si ça serait plus facile de partir d’un autre code dans un autre logiciel. Bonne question, je ne suis pas sûr…


Parle-nous de “La Tournette”

J’ai l’impression que parfois, un truc qui a l’air simple est quasiment impossible ! Dans les premières années de Presto, j’ai développé les fonctionnalités essentielles assez rapidement, le chemin était direct. Mais après, il y a toujours eu plein de petites fonctionnalités, “il faudrait que ça, ce soit là, ça, ça l’air bien, ça lui faut l’avoir… Quelques trucs donc, dont la tournette, qui ont l’air simples, mais la tournette, je crois que ça a mis 4 ans.

Parce que, je n’avais pas trop le temps et pas forcément les connaissances, donc c’est des tâches qu’on a confiées avec des alternants, qui ont bossé dessus mais qui n’ont rien pu sortir. J’ai vu plusieurs personnes bosser dessus, s’y casser les dents. Et moi-même, il m’a fallu très longtemps pour essayer, pour enfin trouver une petite lueur vers un truc qui me semblait être faisable, et accessible pour moi. Parce que t’arrives dans des complexités, où il faut te demander si tu peux le faire…

Je pense qu’il y a des gens beaucoup plus compétents qui auraient pu faire un truc de zéro, réinventer la roue. Moi, il a fallu que je vois un ou deux trucs que je pouvais récupérer et modifier. Et après, c’est allé quasiment tout seul.

Ça a été un peu un tunnel, il a fallu que je me consacre du temps, sans interruption sur ça. Beaucoup plus longtemps que sur d’autres choses. Parce que pour que ça marche bien, il y a plein de petits détails, notamment il faut pas qu’il y ait de vibrations, que ce soit synchro, que ce soit répétable… Le diable est dans les détails. ça ne peut pas marcher un peu, ça doit marcher parfaitement.

Il y a une règle dans ma vie, c’est les 80-20. Tu passes 80% du temps à régler les 20% de finalisation.

Tu sais que c’est un des premiers trucs que tu m’as dit quand je suis arrivé à Spline ! Mais du coup, aujourd’hui, vous êtes donc capables de la synchroniser avec le robot ?

Absolument ! Je pourrais même contrôler 8 tournettes en même temps synchro au robot !

Ça va donner des idées à des gens ça !

Oui, une tournette à fromage, une tournette à raclette !


Et en ce moment, sur quel projet travailles-tu, si tu peux nous en parler ?

En ce moment on va acheter une la licence d’un développeur qui a développé un système de contrôle robot, assez universel. Ça va nous permettre de faire des choses beaucoup plus avancées, notamment le contrôle du robot par manette de PlayStation, pouvoir modifier le cadrage pendant une trajectoire en cours de lecture… Plein de petits trucs comme ça qui ont l’air simple, mais qui en réalité ne le sont pas du tout. Pour les opérateurs ça ne va rien changer, mais de manière profonde, le système va beaucoup changer pour accueillir ces nouvelles possibilités techniques !

Et il ne faut pas oublier non plus que tout ce que vous faites, est intégré, de base, dans Blender…

Quelque part aussi, oui. C’est vrai que pareil, c’est un remix. De mon côté j’améliore Presto, et Blender est amélioré par plein de personnes, du coup je n’ai pas besoin de m’en occuper plus que ça, je contribue et je profite en même temps d’un logiciel open source.


Maintenant parlons un peu de ce qui est sans doute l’un de tes plus gros projets, “L’Homme qui Rétrécie”.

Le défi, il est assez simple, c’est tout d’un coup, tu ne dois pas bosser sur une journée, tu dois bosser sur 40 journées, tu as 250 plans, il y a un côté industriel, à ce que tu vas faire. En plus, il y a un complexité technique, qui est un trucage, qui a déjà été faits par le passé, mais jamais vraiment comme ça, jamais avec ces machines et surtout, jamais avec autant de plans.

Donc pareil, c’est un énorme remix, parce que si tu prends les éléments 1 par 1, ils vont déjà avoir été fait à gauche ou à droite. Mais ce qu’on a fait, avec le niveau de complexité, avec le nombre de plans et la facilité avec laquelle on l’a fait, ça n’a jamais été fait.

Le défi, ça a été d’inventer les solutions, les différents pipes, les boutons et les fonctionnalités, qui ont rendu le truc, non seulement possible, mais aussi hyper rapide.

Je ne pense pas que d’autres sociétés auraient pu accomplir ces plans. Est-ce qu’ils auraient pu en faire dix par jour ? Et c’est là que l’aspect customisation, qu’on code nos propres logiciels, a tout changé. […]

Il y a des gens qui ont des problèmes, ils ne savent même pas ce que c’est vraiment leur problème, ils ne savent même pas si il existe quelqu’un pour le résoudre. On est un peu dans cette situation, où on a des gens qui viennent nous voir avec un problème improbable, et très souvent on peut y répondre. On est conscient qu’on peut faire des trucs de dingue, on est là pour essayer de reconnecter les problèmes avec les solutions.


3. À la croisée des chemins…


Pour toi, où est-ce que tu places le curseur entre technicien et artistes ?

Technicien ou artiste, c’est la grande question de ma vie. Je crois que, je me suis créé le job parfait qui est un peu à la frontière. Je ne me verrai pas être un artiste à 100%, je ne me verrai pas non plus être un technicien à 100%.

Quand tu es un artiste, tu peux communiquer et tu peux collaborer avec des gens d’une manière incroyable, inventer des choses, profiter de ta liberté. Tu peux dire ou faire n’importe quoi, c’est faisable.

Quand tu es technicien, tu peux avoir une obsession sur des détails techniques, mais c’est rare d’avoir une personne qui est pure, c’est rare d’avoir un technicien pur ou un artiste pur. Les virtuoses dans une discipline, c’est rarement des gens qui ont qu’une obsession. C’est des gens capables de comprendre que dans leur technique, il y a une part artistique et que dans leur art, il y a forcément des côtés techniques.

Quand tu es à haut niveau, tu vas demander de l’aide pour la partie que tu maitrise le moins. Alors que moi, j’ai l’impression que je suis pile au milieu et ma passion, c’est de mettre les deux à fond, au maximum.

Mais du coup, je ne serais jamais un virtuose, ni de l’un ou de l’autre. Mon choix, c’est de pas choisir. Mon choix, c’est que je fais plusieurs choses, je quitte plusieurs choses, et allez vous faire foutre !

L’obsession de la perfection n’intéresse pas. Ce que j’aime, c’est faire plein de choses qui m’excitent, qui changent, qui m’apprennent des trucs. Et pour ça, il faut accepter que je ne serai jamais le meilleur absolu dans une discipline. Je sais plus si c’était Montaigne ou Voltaire qui disait:

“Une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine.”


Du coup, le code c’est venu avec Presto finalement ?

Oui, pendant le Covid, mais avant quand j’étais ado, j’avais fait un petit site web que je n’ai jamais mis à jour… J’avais envie de le faire, mais j’ai vite été limité parce que j’avais pas des compétences de dingue. En tout cas, ça m’a introduit et ça a fait que je n’avais plus peur de voir un peu de code.

Donc quand tu tu es lancé dans le développement de Presto, tu n’avais pas peur ?

Au moment du Covid, je me suis dit: “est-ce que moi je pourrais pas faire un truc basique, qui pourrait me servir à montrer à quelqu’un ce qu’il faut faire ?”

Je savais même pas ce que je faisais. J’étais là, genre, “je vais essayer de faire les trucs les choses les plus basiques et merdiques que je peux.”. Et puis de fil en aiguille, les 100 lignes de code sont devenues 1000, puis 10 000 lignes.

Mais je me suis pas dit, je vais faire le logiciel, je me suis dit Blender, c’est rigolo, on peut faire du code, allez. Et si j’arrivais à faire un truc merdique, au moins je pourrais peut-être visualiser quelque chose.

Quand j’ai eu 3 briques et qu’elles ne sont pas tombées, tu te dis, si j’en rajoute deux ou 3, j’aurais un mur.


Que penses-tu de développer dans Blender ?

Je trouve que c’est incroyablement ouvert, je ne vois pas vraiment de limites. En plus, maintenant, avec l’IA, il y a plus besoin d’aller sur Stack Overflow, et fouiller pour trouver LA réponse.

La limite, c’est combien de temps tu veux y passer, et potentiellement, si tu voulais optimiser pour aller très vite, là, il faudrait modifier le code de Blender à la source, et là, ça devient plus complexe. Mais en Python, pour ce que fait toi et moi, je ne vois pas vraiment les limites.


Nous avons deux méthodes de travail assez différentes quand on approche l’étalonnage, parle nous de ta vision sur un workflows color-managed.

Je dirais que mon point de vue, il est un peu moins pertinent. Je ne passe pas mes journées à livrer des fichiers, je n’ai pas des clients comme Netflix qui ont besoin de faire du HDR ou des trucs comme ça. Mon expérience, c’est que dans 9 cas sur 10, on demande un truc pour Internet, Instagram, YouTube, digital.

Donc, dans ce cas, dans 9 cas sur 10, le livrable est simple. Il ne nécessite pas de conversion compliquée, c’est un espace tout simple, donc, mon interprétation, c’est : est-ce que tu as besoin de construire une centrale nucléaire pour faire tourner une manivelle ?

Et c’est des choses que je n’ai pas envie d’apprendre, ni de mettre en place une usine à gaz pour que peut-être dans 5 ans, quand il y a un re-master de la pub de mayonnaise que j’ai faite, je puisse la sortir en HDR.

Je pense qu’il faut apprendre à choisir le niveau de complexité qu’on a envie d’apprendre. Je respecte complètement les gens qui vont dans la complexité, l’abstraction des choses. Mais parfois, ça peut être une perte de temps et d’énergie mentale. Et c’est là que la technique va un peu doubler l’artistique. Parce que l’artistique n’a pas besoin d’un workflows toujours color-managed, d’un DCTL de fou,… L’artistique a besoin d’une bonne idée, mais je respecte totalement les deux workflowss, c’est simplement que moi je n’en ai pas besoin.


Parle-nous de la nouvelle API de Resolve, qu’est-ce qu’elle t’a permis de faire ?

L’API de Resolve, c’est un peu comme l’API de Blender. C’est l’ouverture d’un monde où tu automatises les choses. Personne n’a envie de coder un logiciel de montage mais tout le monde a envie de le modifier. Parce que tout le monde a envie d’un bouton qui fait le truc qu’il a envie, c’est le rêve de tout le monde. Un truc que tu fais tous les matins ou 10 fois par jour, tu l’automatises et ça devient invisible.

Je pense que toutes les applications qui ouvrent une API ouvrent les portes à plein de marché. C’est comme dire: “Tiens, moi je fais ce que je fais, mais tu peux venir, tu as une petite place pour augmenter ce que je fais”

Tu peux aussi être créatif pour détourner le logiciel pour lui faire faire faire un truc auquel il n’est pas destiné, moi je le réserve pour l’automatisation. Par exemple, j’ai créé un petit système qui permet de synchroniser le robot à l’enregistrement sur les Glambots et de couper, appliquer une étalo et exporter le plan automatiquement. Avant, faire ça sur tous les glambots ça prenait un temps monstre, maintenant tu n’as même plus à y penser.


C’est quoi le logiciel qui te procure le plus de satisfaction ?

Ça change souvent… Un bon logiciel c’est un logiciel qui se met pas en travers de ton chemin et que tu peux adapter à ce que tu fais, je vais donc mettre au même niveau Blender et Touch Designer. Photoshop, Adobe DaVinci ça marche très bien, mais tu ne peux pas tout faire…


On parlait d’IA tout à l’heure, notamment sur le code c’est quoi ton point de vue sur vibe-coding ? Est-ce que tu intègres des outils d’IA dans tes workflowss ? Ou plus généralement dans ta vie ?

C’est comme tout, ça a de mauvais aspects. Ces mauvais aspects peuvent entraîner des crises. Plein de gens voudraient les détourner pour en faire des mauvaises activités. Tu peux mettre plein de règles pour essayer d’empêcher, ou atténuer ces mauvaises aspects, et je pense que pour l’IA il n’y a pas encore eu ces modérations. Je pense que l’IA peut entraîner plein de problèmes, l’IA va entraîner des crises dans plein de secteurs.

Après clairement, je l’utilise beaucoup pour coder, parfois aussi pour des questions administratives, une question générale… Je pense que l’IA c’est devenu un peu un parallèle de Google. Quand je l’utilise pour coder, c’est surtout pour résoudre des petits bouts de puzzle, parce que j’aime garder la main sur l’architecture de ce que je fais.

Il y a des gens qui vont faire coder une application complète à l’IA. Ça peut marcher, mais est-ce que c’est une super idée, je ne suis pas sûr. C’est toujours dur de revenir en arrière. Ça peut réaliser des choses, est-ce que ça va devenir la norme ? Je ne pense pas, mais est-ce que ça remplace plein de choses de bas niveau, oui.

C’est comme une visseuse au lieu d’un tournevis. C’est génial, mais ce n’est pas ça qui va faire que tu vas construire une plus grande ou plus belle maison, mais maintenant tout le monde a besoin d’une visseuse…


Avec tout ce que tu sais faire, si tu voyageais dans le passé, est-ce que tu serais vu comme un inventeur fou, ou un hérétique ?

Ça j’adore. Comment est-ce que tu expliques comment fonctionne un iPhone à quelqu’un du passé ?

Je pense que je pourrais donner plein d’idées à plein de gens mais je pourrais pas inventer les choses qui ont déjà été inventées. Je pourrais voir les inventeurs avant qu’ils créent leur invention et leur dire: “Et si tu essayais un truc comme ça, vous avez déjà fait ça ?”


On peut dire que tu es quelqu’un d’obstiné. Que se passe-t-il dans ta tête quand tu butes sur un problème ?

Quand il y a un problème qui arrive devant moi, en numéro 1 il y a un jugement de valeur: “Est-ce que c’est un problème grave ou est-ce que c’est un problème qui peut attendre ?”

Est-ce qu’il vaut la peine d’être résolu ? Si je le résous est-ce que c’est un truc que je vais réutiliser ou pas ? Souvent, ça vaut pas le coup, il vaut mieux faire le truc à la main et demain c’est oublié. Après il y a aussi des problèmes où on se dit: “Ah oui, ça c’est un truc au cœur de ce que je fais, ça va servir à mes collègues, …” Et quand je vois ça le problème ça devient un petit post-it dans ma liste, je vais y revenir, je vais y réfléchir, y penser dans la douche, je vais y penser en dormant et il y a un moment où je vais avoir une petite intuition de comment je vais pouvoir le faire. Là je vais faire 2 nuits blanches et le résoudre. C’est pour ça que je pense que je suis très bon à résoudre, si le problème est résolu en 2 nuits blanches, si ça prend 1 mois de nuits blanches là ça devient problématique. Il faut du temps et du suivi, et c’est un truc sur lequel je travaille…


Est-ce que tu es anxieux ?

Je n’ai pas l’impression que je sois quelqu’un d’anxieux, j’ai pu l’être mais non je suis très peu anxieux, parce que à mes yeux rien n’est grave. Tant que personne n’est blessé et que tout le monde est là rien n’est grave. Je ne bosse pas dans un hôpital. Si je foire un truc dans mon job, au pire c’est de l’argent, je veux dire je ne sais pas grave…

Il vaut mieux garder ses amis et perdre son job, parce que tu peux en retrouver un. Il y a plein de choses qui ne sont pas remplaçables.

Les gens peuvent me demande des fois quand quelque chose foire: “Mais ça t’inquiète pas ?” Et moi ma réponse c’est: “Mais est-ce que ça aitderait si je m’inquiétais ?”. Je sais plus de quel film ça vient…


Est-ce qu’il t’arrive de t’ennuyer ?

Maintenant c’est rare, je trouve que c’est bénéfique de s’ennuyer, et dans notre monde c’est plus difficile qu’avant. Quand j’étais petit, jeune, je m’ennuyais, et j’ai l’impression que maintenant, surtout pour les jeunes, tu n’as plus d’ennui…

Si je me suis mis à coder pendant la Covid c’est parce que je m’ennuyais. Quand tu t’ennuies, soit tu te mets à faire de la merde soit tu te mets à faire un truc que tu as envie de faire. Et du coup, c’est bien de générer du temps où tu as rien à faire.


C’est quoi ton rapport à l’argent ?

L’argent c’est pratique, j’en ai un peu parce que j’en ai gagné. Mais si j’avais 2 fois plus d’argent ma vie serait pas différente, j’ai un toit au-dessus de ma tête, si j’ai un truc que j’ai envie d’acheter je l’achète, si j’ai envie de payer un coup à boire, je paye un coup à boire, j’ai complètement assez d’argent.

Je pense que j’ai toujours été inquiet de pas en avoir assez, donc j’en ai accumulé et maintenant que j’en ai accumulé assez, j’ai plus peur… C’est bien d’avoir un parachute parce qu’une fois qu’on a un parachute, que tu aies 10€ ou 10€ en moins, ça change rien. Je n’y accorde pas beaucoup d’importance, tant que j’ai un parachute, je m’en fiche.


C’est quoi la chose la plus absurde ou la plus chère que tu possèdes ?

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J’ai acheté un tas de trucs absurdes, des gadgets, des trains miniatures qui servent à servir des shooters… Tu sais quand tu vas à Emmaüs, que tu vois un objet à la con, et tu te dis: “Noooon…” ? Moi je me dis: “Ouiiii !!”.

Des fois je vois un truc cher, dans un vêtement ou un truc technologique, et vu que je ne suis pas impulsif je vais y réfléchir à deux fois et je vais me dire “En fait, non.”. C’est moi qui vais attendre un peu trop longtemps généralement, avant, j’avais des écouteurs filaires de merde, j’auraiss dû m’acheter des Airpods avant, mais j’ai attendu tellement longtemps, que j’ai été vraiment content de les avoir du coup. Je suis pas un dépensier. Par contre si je vois un truc pas trop cher genre un truc à 10 ou 20 balles complètement con, là j’y vais, et personne ne peut m’arrêter !


Beaucoup de gens aimeraient avoir ta position. Est-ce que tu t’estimes chanceux ?

Par mille aspects dans ma vie, j’ai l’impression que je suis très chanceux. Je suis pas dans la merde, j’ai un peu d’argent, j’ai un travail qui me plaît et que j’ai aidé à avoir par hasard. J’ai jamais eu de gros coups durs dans ma life ou dans ma vie personnelle, est-ce que c’est privilégié ? Je sais pas. En tout cas je n’ai jamais eu de pépins, par rapport à plein de gens, je suis très chanceux.

Après, est-ce qu’il y a plein de gens qui aimeraient avoir ma vie exactement ? Je ne pense pas, mais par plein d’aspects oui tout le monde a envie de sentir en sécurité et ça tout le monde en a envie… Je me sens à l’aise dans ma peau. Est-ce que quelqu’un voudrait exactement le job et ce que je fais ? Non, chacun a besoin de ses trucs à lui.

Je sais que rien n’est éternel, j’ai beaucoup de gratitude par rapport à ce que j’ai, clairement.


Dans ta bio insta, tu as écrit: “Welcome to the Nonsense.” Est-ce une invitation ou un avertissement ?

Il y a quand même plein de choses dans la vie qu’on prend trop au sérieux. On veut que les choses aient du sens, qu’elles soient raccordées par les causes et les conséquences. Moi, je ne crois pas, je pense que la grande majorité des choses dans le monde sont random, elles apparaissent, elles disparaissent…

C’est une invitation à dire: “Les choses sont pas si importantes, il faut vivre.”


Qu’est-ce qui te choque le plus dans le monde actuel ?

Je dirais deux choses. La première, qui rejoint ce que je disais, on accorde de l’importance à plein de choses, on veut toujours plus, on va aller voir le prochain Reel Instagram alors que le précédent ne nous a rien apporté. On introduit plein de choses qui ne servent à rien dans nos vies. C’est donc un truc assez basique mais qui m’étonne toujours, c’est que les gens ne savent pas faire des choix qui sont bénéfiques pour eux, je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça…

Le deuxième truc, qui est aussi un peu lié, c’est que les gens, souvent, sont très doués pour juger. La compétition c’est genre juger de la bonne manière, avoir la bonne réplique, trouver le bon argument. Je vais juger ton film, alors que je n’ai jamais fait de film. Je vais juger ton émotion, alors que ressens rien. Je vais juger le mot que tu as dit, parce que je n’ai pas eu à m’exprimer, comparé à toi qui a eu le courage de parler.

Les gens ne laissent pas l’espace à la rectification. Je trouve que c’est un truc très profond, c’est lié au fait que moi quand j’étais jeune, il y avait pas d’internet, il y avait pas les téléphones portables partout… Quand tu étais gamin, tu pouvais faire des erreurs, tu pouvais faire et dire de la merde, il y avait cette zone grise où tu réfléchissais à ce que tu as fait, où tu trouves que c’était con et tu le fais plus. Eh bien cette même zone aujourd’hui réduit, parce que maintenant, tu as 8 ans, tu fais de la merde, quelqu’un est en train de te filmer en disant ça va sortir. Alors oui, ce que tu faisais était sans doute mal, mais tant que tu n’as pas grandi tu sais pas ce que tu fais.

Il faut avoir caché sa tristesse avant de se rendre compte que c’est important de la dire. Il faut avoir menti à tes amis, avant que ça explose et que tu comprennes qu’il ne faut pas mentir à ses amis. J’ai l’impression que dans plein d’aspects, tu n’as plus le droit à l’erreur, et ça c’est un peu la merde…

Et ça, ça se raccorde à plein de sujets: le féminisme, ou le racisme,… j’ai connu plein de gens qui à cause du féminisme se sont mis dans des sortes de trou. La pureté militante, qui va te mettre dans une sorte de culte, ou tu sais même plus pourquoi tu penses un truc, tu dis des phrases, et quand quelqu’un en face dit une autre phrase, tu vas la critiquer. Tu ne vas même pas te mettre à sa place, tu perds toute l’empathie que tu avais. Tu ne te dis pas: “C’est une autre personne, qui s’est construit, qui pense peut-être différemment de moi, parce qu’elle est plus jeune” par exemple. C’est pareil en politique, tu entends quelqu’un de gauche parler, tu te dis qu’il a tort parce qu’il est de gauche…

Je trouve que ça pose problème dans plein de cas. En politique, en féminisme, en racisme, il y a des limites à tout, et en amitié c’est pareil. Si un de tes amis te révèle ses émotions, ou ce qu’il pense de son père ou de la politique, qui tu es pour rectifier ce qu’il vient de dire ? Tu peux lui dire que tu es pas d’accord, tu peux lui dire: “Là, ce que tu viens de dire, ça va dans une direction qui me plaît pas.”, tu peux lui dire plein de choses. Mais actuellement, tu as envie de cancel les gens, de leur dire: “Tu peux pas dire ça !”.

En tout cas, moi je suis un autiste, le monde n’est ni noir ni blanc. Quand quelqu’un dit de la merde, par exemple quand un mec de droite parle, je me dis: “Et si j’étais à sa place, qu’est-ce que je penserais, pourquoi je pense ça, est-ce que je peux comprendre pourquoi il dit ça ?”. Les gens ne se mettent pas à la place des autres, et ça ça fout la merde dans plein de rapports.

Quand j’étais jeune, je connaissais plein de gens qui ont fait de la merde de ouf, et ils étaient bien contents que ce n’était pas enregistré, parce que tous ces gens ils ont changé. Maintenant tu as 20 ans, tu dis de la merde, c’est pour toute ta vie, peut-être.

Je n’ai pas de solution. Il faut mettre des limites aux choses, mais il faut aussi laisser la place aux gens de grandir, de dire de la merde, d’avoir un débat où tu acceptes que quelqu’un dise un truc différent et que tu le considère. Moi j’ai grandi, parce que plein de gens ont dit des trucs différents de ce que je pensais, et après coup, je me suis dit “pourquoi est-ce qu’ils pensent que ça, c’est une meilleure solution à tel problème” ou “pourquoi est-ce qu’il faudrait faire ça dans la société ?” Si eux ils le pensent c’est peut-être qu’ils ont des raisons. Et il y a des fois où je me dis: “Bah non, c’est de la merde ! Ils sont remplis de foutre !” Et d’autres fois: ‘“OK, je peux me dire je n’aimerai pas partir en vacances avec eux, mais j’accepte que ce mec il dise ça, et qu’il ait envie que dans son département ou que dans son pays ce soit comme ça. Tu peux voter pour ce que tu veux.

Avant il y avait plein d’accents différents, tu avais l’accent dans le patois, tu avais l’accent du pays tu avais machin. Maintenant tout a disparu, tu as que l’accent des blancs qui parlent(sans accent) et si quelqu’un parle avec un accent, soit on se fout de sa gueule, si quelqu’un fait une blague sur son accent, on lui dit que ce n’est pas permis… C’est chelou, parce que de là où, je viens il y a un accent. Là où je vais, il y a des accents… Moi je trouve ça cool, mais apparemment ça pose des problèmes. Et du coup on a plus le droit, et pour plein d’aspects de la vie, c’est ça. Même si il faut mettre des limites.

C’est un problème de ma life, c’est que je suis incapable de mettre cette limite, à quel moment il faut dire à quelqu’un: “Va te faire foutre, ferme ta gueule.”, et à quel moment il faut accepter que les gens puisse dire un truc. C’est un des problèmes dans ma vie en société.

Parce que, si il y a un connard qui dit de la merde, je suis capable de l’écouter pour dire: “Explique moi vraiment pourquoi tu dis cette merde.” Je vais pas, au premier mot lui dire “T’as pas le droit de dire ça.”

Mais je crois que par moments aussi, j’apprécie qu’il y ait quelqu’un à côté, qu’il lui dise: “Toi tu es un gros nazi.” et qu’il lui mette un pain dans la gueule !

Je crois qu’une des choses qui me me choquent le plus, c’est notamment le clivage gauche-droite. À n’importe quelle élection, en gros, tu as la moitié de la France qui vote à gauche, la moitié de la France qui vote à droite. Sauf que, tu prends n’importe qui de gauche, si quelqu’un de droite à la table, c’est genre le diable, la finalité c’est d’avoir que des gens de gauche, ou que des gens de droite. Je trouve que ça n’a aucun sens, parce que statistiquement dans ce bar, il y a une personne sur deux statistiquement qui n’est pas du même avis politique que toi. Si tu ne trouves pas un moyen de l’accepter et de parler avec ces gens, mais What The Fuck ? Et cette séparation, les gens ont du mal à l’accepter.


Est-ce que pour toi c’est plus facile de parler à une machine via une API, ou un client sur un plateau ?

Il y a des problèmes des deux côtés. C’est quand même plus agréable de parler à des humains. Après, quand il y a trop de bullshit, ce n’est pas pour moi. Je pense que les gens avec qui j’aime bosser, la question ne se pose pas, avec les clients, avec mes collaborateurs.

Par contre si tu prends les pires clients qui ne font que du bullshit, là par contre je pense que je préfèrerais faire du code…

As-tu une opinion sur le milieu de la publicité ?

C’est clairement une industrie, basée sur du superficiel principalement. Il ne faut pas y mettre plus de sens qu’il y en a. C’est comme le cinéma, l’art moderne, qui se vend.

J’accorde beaucoup plus d’importance au moment du tournage, au moment où tu crées un truc, le moment avec les gens, m’intéresse beaucoup plus que le produit fini et l’éventuel message.

L’industrie pourrait changer, je pourrais me retrouver à faire des films pour autre chose. Le fin n’est pas importante, c’est plus le chemin. Mais je pense qu’il y a beaucoup de gens qui y apportent beaucoup plus d’importance que ça n’en a.


4. Des anecdotes au passage


Peux -tu me dire combien de personnes as-tu fais tomber dans le “Club Maté” ?

Pas beaucoup ! Mais ceux qui sont tombés, sont tombés bien bas ! Cette boisson elle sort un peu de nulle part, ça a un goût vraiment unique. Je me suis posé la question au niveau de la caféine, je ne buvais jamais de café avant, même si j’aimais l’odeur, c’était donc ma première boisson caféinée, et je sais pas si mon admiration pour cette boisson, c’est vraiment lié à caféine ou pas…

Je pense aussi que le fait que ce soit rare et que ça ait un goût bizarre, ça contribue au côté mythologique. Par contre je pense que la caféine, ça peut vite devenir une habitude de boost…

Depuis, Antoine a été contacté par Club Maté pour recevoir un colis de fan pour avoir réparé leur site internet…


Où est-ce que tu te vois dans 15 ans ?

Je pense que je suis dans une voie où je peux continuer longtemps. Dans 15 ans je ne sais pas, j’espère que je serai toujours dans une industrie, à la frontière entre technique et artistique. Peut-être photo ou vidéo, j’aurais peut-être migré dans un truc plus transversal, mais je crois que je suis dans une bonne veine !


Qu’est-ce que tu conseillerais à un jeune qui hésite entre devenir ingénieur ou artiste ?

Je ne suis ni l’un ni l’autre, je suis mal placé pour vraiment répondre… C’est pas les mêmes combats. Si tu veux vraiment être artiste, il faut apprendre à se vendre soi-même, ce qui est un job à part entière, que moi j’aime pas. Et aussi ton art devient un métier, qui peut donc devenir un enfer personnel. Et du côté ingénieur, c’est surtout que tu perds ta liberté, c’est plus rigide. Mais je ne suis ni l’un ni l’autre, et je suis très content d’être au milieu.


Est-ce que tu es heureux ?

Eh bien oui. Sans plus d’explications, oui. Des fois on voudrait que les choses soient mieux, mais tout est déjà vachement bien !


Comment voudrais-tu qu’on se souvienne de Papayou ?

Je pense que si on se souvenait de ma personne, je voudrais qu’on se souvienne que je faisais tout n’importe quoi et que le truc qui me faisait le plus plaisir c’était d’aider des gens.

Après, si je devais avoir un héritage plus profond, je pense que je serais ravi s’il y a des gens que j’ai rencontrés qui ont pu se dire… En fait, comme notre ami Gaillard, c’est en faisant n’importe quoi, qu’on devient n’importe qui. C’est en se lançant dans n’importe quoi, qu’on arrive nulle part et partout, que rien n’a de sens, mais tout est intéressant, que rien n’est grave, mais… Il y a mille trucs…

Mais en tout cas, mon héritage, ce serait : “Essayer, apprendre, recommencer”. Je n’ai pas d’espoir plus profond que ça !