Interview : Qui se cache derrière Papayou ?
Qui se cache derrière le pseudonyme Papayou ? Est-ce un saucissonphile moustachu ? Ou une tranche de bacon géante ?
Je ne sais même pas vraiment qui a établi ce nom… Avant ça, mon autre surnom c’était Pyjaman. Et moi, je sais pas pourquoi, j’avais un t-shirt d’EPS que je kiffais, avec plein de petits motifs rigolos. Et un jour, dans les vestiaires, il y a le bully de tout le monde qui m’a vu m’habiller et me fait : “Wesh, Pijaman !”. Tout le monde a éclaté de rire et moi, je suis là, genre : “Ouais, c’est vrai !”.
Et du coup, c’est devenu un peu mon étendard. On peut porter ce qu’on veut, on peut être qui on veut. Et puis de fil en aiguille, comme j’avais un goût pour tout ce qui n’avait aucun sens (les vidéos, les gifs…), j’ai fait un petit blog qui postait des trucs improbables. Un de mes anciens collègues de travail a relié ça au fait que je kiffais Carlos, qui est lui-même un auteur musical un peu insensé. Et Carlos a une chanson qui s’appelle Papayou.
Un jour, il a fait des petits stickers “Papayou” à mon nom avec le message : “Vous avez été papayouté”. Il a créé une petite légende autour de ce mot. C’est resté un truc complètement débile. Dire “Ça c’est papayou”, ça veut dire que ça n’a pas de sens. Mais je ne contrôle pas ce mot. D’ailleurs, dans la chanson de Carlos, ça définit le pénis… Un jour peut-être que ça me posera des problèmes, mais en tout cas, ça me fait beaucoup rire !
Tu parlais justement de cours d’EPS et de bully… Quels souvenirs gardes-tu de ta scolarité ?
Ils sont globalement bons… J’ai toujours été bon élève, un peu le chouchou des profs. Mais il y a longtemps, j’étais quand même beaucoup moins extraverti que maintenant.
Je me suis ouvert petit à petit entre le collège et le lycée. J’ai pas eu tant de bully que ça. J’étais indifférent et j’ai ignoré tout ça quand ça m’est arrivé, donc je n’en ai pas souffert. Je n’ai pas vraiment eu de problèmes liés à ça, en tout cas beaucoup moins que plein de gens que j’ai rencontrés. Au final, je m’en sortais bien, donc autant mes parents que les profs me donnaient du mou pour faire ce que je voulais.
On va dire que je suis très heureux, si je devais refaire le trajet, je ferais pareil. Peut-être que j’ai été naïf pendant très longtemps, c’est le seul truc que je pourrais changer. J’ai l’impression que plein de gens ont compris des choses de la vie bien avant moi. Mais après, je suis comme je suis, donc je ne sais pas si je le ferais différemment.
En tout cas, j’ai eu du bol parce que j’ai eu quelques professeurs exceptionnels. Soit parce qu’ils m’ont donné envie d’apprendre, soit parce qu’ils avaient une passion que je respectais. Je suis passionné par les gens passionnés. Qu’importe ce qui les passionne. Si ton kiff c’est les trains miniatures, je veux que tu m’emmènes chez toi pour voir ton train miniature.
Il y a des gens qui ont cette étincelle que tu ne peux pas acheter sur Amazon. Et quand ils entrouvrent cette fenêtre, j’adore. Ma scolarité m’a donné champ libre à mes passions et m’a fait comprendre que les gens en avaient aussi. Par contre, je ne sais pas si elle m’a appris beaucoup de choses qui me servent concrètement aujourd’hui…
À quoi jouais-tu quand tu étais enfant ?
J’ai été le gamin qui avait des périodes avec mille passions. J’ai eu une énorme passion pour le jonglage, qui m’a amené à postuler à l’école du Cirque de Montréal. Et puis après, j’ai arrêté, j’ai fait du tir à la carabine, puis du tennis de table, du yo-yo, du fingerskate, du skateboard…
Toutes ces passions restent un peu avec moi aujourd’hui. Comme j’en ai eu beaucoup, si ça ne marchait pas bien, c’était pas grave. Je n’ai jamais eu la pression de “réussir” absolument dans une discipline, contrairement à ceux qui font de l’équitation ou de la gymnastique à haut niveau. Moi, je pouvais switcher et y revenir plus tard.
Ça m’a donné l’occasion d’explorer. Je me suis aperçu que j’adorais apprendre de zéro. Apprendre un nouveau truc, c’est une passion en soi. Ça a facilité plein de choses par la suite dans mon rapport aux autres et aux pratiques techniques.
Qu’est-ce que t’ont apporté le jonglage et le cirque ?
Le cirque, comme j’en faisais 8 heures par jour, m’a donné mes premiers muscles à une époque où je ne faisais que des jeux vidéo. Ça m’a surtout donné la persévérance. Ça m’a appris que si tu ratais plein de fois, tu finissais par réussir.
Souvent, on a peur de se foirer, on veut réussir du premier coup. Mais c’est impossible de bien jongler du premier coup. Tu vas faire tomber tes balles 1000 fois. Ça brise l’ego, ça donne de l’humilité et la conviction que le travail paie. Ça s’applique même au code, qui est la dernière passion que j’ai apprise : tu recommences jusqu’à ce que ça marche. C’est une obsession. Les passions apprennent l’obsession.
Où as-tu grandi ?
Je suis originaire d’un petit village dans l’Ain, à mi-chemin entre Lyon et Genève, dans les petites montagnes du Jura, aux portes du Bugey. Mon village s’appelle Vésia (vers Oyonnax).
C’était un village de 700 habitants. Il y avait mon école primaire et mes copains, puis il fallait aller en ville pour le collège et le lycée. C’est un coin où il y avait régulièrement un mètre de neige à l’époque. Ça annonçait du lourd, même si maintenant, c’est plus trop ça.